Chemin vers Pâques 2012
Quarante jours nous sont donnés pour nous laisser regarder par Dieu puisqu’il voit ce que nous faisons dans le secret. C’est Jésus lui-même qui nous donne cette recommandation au début de carême 2012. Le moment est donc venu de faire tomber les masques, de ne pas nous contenter du paraître, en un mot d’aller droit à l’essentiel, car si Dieu voit dans le secret, il voit ce qu’il y a dans le cœur, le lieu de résidence essentiel. « Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements » (Joël 2, 12).
Comment faire pour que ce carême 2012 soit pour nous l’occasion de permettre à Dieu de rassasier nos faims d’essentiel ? J’en évoque trois à partir des trois conseils que nous donne Jésus dans l’Evangile du mercredi des Cendres : prier, partager, jeûner (Mt 6, 1-16. 16-18)
. Laissons creuser en nous la faim de Dieu, et la prière pourra assouvir cette faim.
Heureusement que nous n’avons jamais totalement cerné le mystère de Dieu. Dieu se laisse chercher parce qu’il est une personne dont l’Amour qui est sa toute-puissance, nous dépasse, nous émerveille, nous apparaît mystérieux, parce que tellement plus grand que notre simple compréhension. Or, c’est dans la prière que nous approchons de Dieu, que nous osons entrer en relation avec lui, ou plutôt que Lui-même veut entrer en relation avec nous. Encore faut-il prendre le temps de l’écouter, de le regarder, de le contempler, de le toucher, de murmurer des mots, de savourer le silence. C’est dans la prière que nous percevons le véritable visage de Dieu et notre propre visage d’homme.
Nous pouvons être rassasiés de notre faim de Dieu dans la prière. La prière communautaire avec la messe quotidienne, la prière des psaumes, ou encore la célébration du sacrement du pardon… Mais c’est aussi la prière personnelle, « en se retirant dans notre chambre, en fermant notre porte et en priant Dieu qui est présent dans le secret, alors notre Père verra ce que nous faisons dans le secret, et il nous le revaudra.»
. Laissons creuser en nous la faim de l’amour fraternel, et le partage, -nouveau nom de l’aumône-, pourra assouvir cette faim.
Nos frères crient famine, or ce n’est pas seulement du pain qu’ils ont faim, mais de sens. Combien sont égarés sur les routes humaines, parce qu’ils ne savent plus ni d’où ils viennent, ni où ils vont. Rencontreront-ils, à travers nous, des hommes de conviction qui ne leur imposeront rien, mais qui oseront leur dire ce qui les anime, voir celui qui les fait vivre et donne sens à leur existence. Il nous faudra, au cours de ce carême, revenir à la source pour étancher notre soif, et pour donner à boire à ceux qui se présentent sur notre route, et qui nous écouteront parce que nous nous présenterons à eux non pas comme dépositaires de sens, mais comme des témoins. Ce sera notre façon de faire l’aumône, « notre main gauche ignorant ce que donnera notre main droite afin que tous nos gestes de partage reste dans le secret, notre Père qui voit ce que nous faisons dans le secret nous le revaudra.»
. Laissons creuser en nous la faim de spirituel, et le jeûne pourra assouvir cette faim.
Pour que l’homme se réalise pleinement comme homme, il a besoin de développer les 3D de son existence : la dimension verticale qui le relie à Dieu, la dimension horizontale qui le relie à ses frères en humanité, et la dimension intérieure qui en fait un être spirituel non rivé aux choses matérielles. Le jeûne est cet exercice qui peut nous prouver que nous sommes des êtres libres, non dépendants des choses de la terre, capables de lever les yeux et de parler de fraternité, de solidarité, de justice, de paix, de réconciliation, d’amour. L’homme libre est l’homme décrispé pour être disponible à l’imprévu, disponible à l’inattendu.
Ferons-nous, durant ce carême 2012, l’expérience de la liberté en abandonnant volontairement ce qui nous retient, ce qui nous paralyse, ce qui nous ferme les yeux, les oreilles et le cœur ? Si nous sommes crispés sur la nourriture, l’alcool, … nous ne serons pas ouverts aux choses spirituelles. Si nous sommes crispés sur les écrans de notre ordinateur ou de notre téléviseur nous ne serons pas ouverts à la relation avec l’autre. Si nous sommes crispés sur nos idées, nos préjugés, nos aprioris, nous ne serons pas ouverts à la nouveauté.
Mais si nous acceptons ainsi de nous rendre libres en abandonnant le superflu, nous serons plus disponibles à Dieu, tel est le véritable sens du jeûne : nous ouvrir au don de Dieu, à la relation avec Dieu, à la nouveauté avec Dieu.
Si nous jeûnons pour jeûner, nous risquons d’avoir une « mine défaite » comme le dit Jésus, mais si nous jeûnons pour être des hommes et des femmes libres, débout, disponibles, notre visage sera pleinement humain, et « il ne sera connu que de notre Père qui est présent dans le secret, et notre Père qui voit dans le secret ce que nous faisons, nous le revaudra. »
Si Dieu nous regarde, ce n’est pour nous prendre en défaut, c’est pour voir ce qu’il y a au plus profond de nous-mêmes. Son regard, ne l’oublions pas, est un regard d’amour. Alors, durant ces quarante jours de carême, laissons Dieu nous regarder : le secret de nos cœurs révèle le secret de nos vies.
Affamés, nous le sommes, Dieu avec nos frères saura nous rassasier. Bon chemin vers la Résurrection !
Gidlin BEZAMANY



