Royaume-Règne (1)

Royaume : du grec « basilieia » qui indique le lieu où est le roi. Ce mot peut être compris à plusieurs niveaux (au sens du structuralisme de Lévi-Strauss) : 

– L’idée : la royauté.
– Le concret, le perceptible : le royaume.
– L’action, les décisions : le règne.

La recherche du « royaume » est un des plus anciens mythes de l’humanité ; nostalgie de l’Eden ou coulaient le lait et le miel ? Amalgame avec la « terre promise » ? Recherche d’un âge d’or ou d’innocence ?
Dans l’Ancien Testament, le « royaume » est attendu, espéré, on y travaille, on le réclame, on tente de le définir.
Beaucoup, individus ou religions, l‘attendent encore.
Le Christ lui et lui seul, nous annonce que le Royaume est pour maintenant ; c’est tout l’objet du Nouveau Testament ; le pape Benoît indiquait que le mot royaume, ou règne, y revient 122 fois, dont 99 fois dans les trois Évangiles dits «synoptiques» (Matthieu, Luc, Marc) dont 90 fois dans les paroles du Christ lui-même.

À l’Abbaye Bénédictine de Tamié, on chante : « Le ROYAUME de Dieu est là, tout près de nous ! ». Prophétie (au sens de l’esprit, comme « epheta ») ? Annonce d’un avenir proche ? Simple constatation d’une évidence ? Ou encore tout cela ensemble ?

À Taizé, on chante en italien : « beati, voi poveri, perch’è vostro il REGNO di Dio ».
( heureux, vous les pauvres, parce que ( ou « puisque ») le ROYAUME de Dieu est à vous.) Inspiré de l’Évangile dit des « Béatitudes » (Évangile de saint Matthieu 5,3-12) ce chant rappelle que les mots REGNE et ROYAUME sont, dans la Bible, une seule chose.

QU’EST-CE QUE LE « ROYAUME » ?

L’Ancien Testament, évite de nommer Dieu ; par quel nom l’appeler Lui dont le nom est au-dessus de tout nom ? Lui le « Tout Autre » ? Il fallait des contournements : Royaume, Règne, Ciel, Cieux, sont des manières de dire Dieu sans le dire. Par conséquent, parler du Royaume, c’est parler de Dieu Lui-même. Dieu n’est ni dans la tempête, ni dans le tremblement de terre, mais dans un souffle léger, à peine perceptible ; le « Royaume est comme une semence », presque invisible ; elle croîtra jusqu’à devenir la plus grande des plantes.
Petitesse des débuts, grandeur de la fin, tel est le Royaume, commencé avec quelques pêcheurs pour s’achever « au jour » dans le cosmos entier sauvé par la Parole.
Dans l’Évangile de saint Luc ( 8,9-10) Jésus aussitôt après la parabole du semeur dit : « À vous, il est donné de connaître les mystères du Royaume de Dieu ; mais pour les autres, c’est en paraboles, pour qu’ils voient sans voir et qu’ils entendent sans comprendre ».
Ceux qui voient sans voir, ne seraient-ce pas ceux qui n’ont pas côtoyé le Christ ? Ceux qui entendent sans comprendre, ne seraient-ce pas ceux qui font confiance en disant « je ne comprends pas tout, mais puisque c’est toi qui le dis ! » L’équivalent de : « vers qui irions-nous, toi seul a les paroles de la vie éternelle ! » (Évangile de saint Jean 16,88)
Le frère Roger de Taizé revenait sans cesse sur ce thème de la confiance, qui fonde tout rapport avec Dieu.

Cette idée de semence nous concerne si nous sommes la bonne terre dans laquelle la semence peut se développer ; elle est faite pour croître, donner du fruit.

Quand le Christ dit : « MON royaume n’est pas de ce monde» (Évangile de saint Jean 18,36) il se pose clairement en fils de Dieu. Le royaume de Dieu est le sien. Mais il dit aussi que ce royaume N’EST PAS DE CE MONDE. Ce n’est donc pas une donnée géographique, la géographie étant bien inscrite dans le monde. « Le Royaume de Dieu n’est pas un point sur une carte géographique ; ce n’est pas un Royaume à la manière des royaumes terrestres. Son lieu, c’est l’intériorité de l’homme» (Benoît XVI « Jésus de Nazareth tome 1 » Flammarion 2007). Le Christ le dit lui-même clairement : « voici que le Royaume est au milieu de vous » (Évangile de saint Luc 17,20-21) Le pape Benoît souligne que Jésus « renvoie à lui-même ; le Royaume de Dieu, c’est Lui qui se trouve au milieu de nous, seulement nous ne le connaissons pas. »

Nous sommes le corps du Christ dit à plusieurs reprises saint Paul ; si le royaume est en nous, c’est que
LE CHRIST EST LE ROYAUME

« Le Royaume de Dieu n’est pas un idéal mais une décision de Dieu que Jésus annonce, et surtout, qu’il accomplit en sa propre personne. » (Dictionnaire de la Théologie Chrétienne Albin Michel 1998)

QU’EST-CE QUI N’EST PAS « LE ROYAUME » ?

La question est par conséquent de savoir ce qu’est « le monde ».

Le Christ nous dit : « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. »
( Évangile de saint Marc 12,13-17). Il y a une différence entre les affaires matérielles, économiques et politiques (au sens d’organisation de la cité) mais aussi physiques, physiologiques et psychologiques, ce que saint Paul notamment appelait « la chair », et ce qui est à Dieu.
Bernard Bourdin disait récemment (La Croix 19/04/2013) qu’en disant cela, Jésus évite deux écueils : la collaboration avec l’occupant, comme les Hérodiens qui se soumettent, et le refus, comme les Pharisiens qui feignent d’ignorer César. En faisant le partage, Jésus souligne que l’impôt à César est aussi une nécessité pour la collectivité, mais qu’on ne saurait oublier ce qui est à Dieu.

On peut se rappeler à ce propos le mot du Cardinal Lustiger : « Les sujets de l’empereur ne sont ni ses esclaves ni sa propriété…Ils ont des droits imprescriptibles ». (Le Choix de Dieu, Éditions de Fallois 1987). Ce que reprend Hervé Legrand : « Reconnaître le Christ comme roi du Royaume de Dieu, nous rend libres à l’égard des puissances ou des royaumes terrestres ». (Dictionnaire de la Théologie Chrétienne)
Que dit Jésus ? (Évangile de saint Jean chapitres 6 et 14)

« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne…le monde est incapable de l’accueillir (l’Esprit) parce qu’il ne le voit pas et qu’il ne le connaît pas »
Le monde, c’est tous ceux qui ne croient pas, tous ceux dont la vie est de l’ordre du matériel, de la « chair » selon saint Paul ; tous ceux qui n’attendent rien car leur attention est dispersée par les biens de ce monde, tous ceux qui ne peuvent concevoir une transcendance ; ceux que l’on gave de pain et de jeux, comme le faisaient les empereurs romains. Le catéchisme de l’Église Catholique dit : « Satan agit dans le monde par haine contre Dieu et son royaume en Jésus-Christ, mais il ne peut empêcher l’édification du règne de Dieu ». ( § 395 p. 89)

 

Alain de Guido 

 

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