Périphéries

Comme souvent en Français, ce mot est d’origine grecque en passant par le latin. Il désigne la circonférence et par conséquent ce qui est le plus éloigné du centre. À cette notion géométrique, d’autres sont venues s’ajouter : sociales, psychologiques et même urbanistiques : « au-delà du périphérique » désigne au moins à Paris, ce qui est marginal, problématique, voire dangereux, mais aussi un peu délaissé.

 

François notre pape emploie souvent sur ce mot ; il exprime son souci de ceux qui sont loin ; de l’Église ou, au sein de l ‘Église, loin des sacrements ; d’où les quelques discussions un peu musclées lors du synode passé sur la famille (et sûrement aussi lors du prochain) notamment à propos des divorcés remariés. François nous incite à aller vers ces « périphéries existentielles », comme le Christ rencontrant la Samaritaine, le centurion, collecteurs d’impôts détestés (déjà !)… relatant dans un livre la bagarre d’une jeune mère qui se voit refuser le Baptême de son enfant au prétexte qu’elle n’est pas mariée, François n’a pas de mots assez durs pour condamner l’attitude de certains clercs pas très clairs qu’il qualifie de pharisiens hypocrites. (du Grec hypocritos = acteur = qui joue un rôle)

 

L’Église est présente, depuis toujours, à ces « périphéries » ; qu’elles soient liées à une souffrance telle que ceux qui la vivent s’isolent, ou à une méconnaissance de l’Évangile, ou à son rejet : « quand on voit ce qu’on voit, on se demande s’il y a un Dieu » ; ce discours s’entend souvent lors de rencontres avec des familles en deuil ! Et notre réponse est bien faible : « Vous doutez, vous ne croyez pas, et pourtant vous êtes là, vous êtes venus par amour pour votre défunt, et là où est un amour, là est Dieu ». Bon, et après ? Pour des gens qui ne connaissent rien, ou qui ont abandonné toute pratique, ou qui doutent, quelle portée a cette réponse, pourtant parfaitement vraie ? Et comment leur dire que c’est aussi pour cela que nous, qui sommes de l’Église, sommes là avec eux ?

 

L’Église, assume 40% des actions caritatives dans le monde ; ce qui, risquant de la placer au rang des « ONG compatissantes » lui ferait perdre son âme car elle resterait « de ce monde ». C’est l’évangélisation qui est au cœur de  ce mot de périphérie ; par des exemples de vie, par une présence, comme les Chrétiens ne vivent que d’une présence, celle du Christ vivant malgré la mort.

 

Nieztsche disait qu’il croirait en Dieu le jour où les Chrétiens « auraient des visages de ressuscités ». François renchérit : « Quel témoignage donnons-nous, si nous affichons des visages de piment au vinaigre ? » Ceux que l’Église envoie « aux périphéries », doivent être capables d’ouverture, d‘écoute, de culture, de formation, et simplement mais plus difficilement, d’être ; avec sincérité, sans jouer un rôle : « Ne soyez jamais ni intrigants ni vantards, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même mais aussi des autres. » (Lettre de saint Paul aux Philippiens 2,1-5)

 

« L’Église doit être le lieu de la miséricorde gratuite, où tout le monde peut se sentir accueilli, aimé, pardonné et encouragé à vivre la bonne vie de l’Évangile. »

(Encyclique du pape François : « In Evangeli Gaudium » : Dans la Joie de l’Évangile)

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