Père Louis Granjon

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Martine et Yves Tricou : Vous êtes prêtre à la retraite d’activités professionnelles et habitant de Belleroche. Avant de comprendre cela, pouvez-vous nous raconter votre histoire depuis le début ?

P. Louis Granjon : Je suis originaire de LARAJASSE dans les monts du Lyonnais, le 9ème d’une fratrie de 15 enfants. A cette époque, la famille c’était : travail, famille, patrie, c’était Pétain ! Tout mon village était extrêmement pratiquant : pour 600 habitants il y eu 14 prêtres de la même génération ! Il n’y avait qu’une seule école, libre. Ensuite je suis allé à l’école cléricale de St Martin en Haut, puis à 12ans au petit séminaire d’Oullins, pour terminer au grand séminaire de Francheville. Une coupure de 3 ans : service militaire en Algérie de 1954 à 1957, qui m’a beaucoup marqué.
Ordination en 1959 : vicaire à Belleville sur Saône puis St Martin en Haut et accompagnateur CMR*et MRJC *et enfin, Lyon avec encore le MRJC*.
Je décide à l’âge de 38 ans de rentrer dans le monde du travail chez Bonnet à Villefranche sur Saône comme ouvrier puis comme fraiseur jusqu’à la retraite à 60 ans.

Prêtre au travail, prêtre ouvrier, pourquoi ?


Je me sentais trop loin de la vie des gens, un petit peu sur la touche, n’ayant pas assez de contacts avec la vie de ces gens, je me sentais vraiment à part, je voulais partager la vie de tous…
Je me suis aussi engagé dans le syndicat CFDT* pour m’impliquer encore plus et accompagner les salariés en situations difficiles.
Je sentais que l’Eglise était trop coupée du monde, des salariés, des ouvriers, et je la sentais cette église, plus du côté des meneurs, des dirigeants que des ouvriers….
Je voulais annoncer l’Evangile incarné dans la vie et que cet évangile était libérateur pour l’homme.
Pour moi, être prêtre ouvrier, c’est pour être plus proche des gens que l’Eglise n’atteint pas.

Aujourd’hui, vivre à Belleroche, Pourquoi ?


C’est un choix : être à coté des plus démunis et des plus défavorisés, plus près des cas sociaux, plus près des Turcs et des Maghrébins.
J’ai la même vie que mes voisins, je les croise, je discute avec eux, c’est ma vie de tous les jours. C’est être signe de la tendresse de Dieu auprès d’eux.
Mon ministère : faire que les gens ici se sentent plus reconnus et qu’ils soient moins blessés dans leur dignité d’hommes. Evangéliser, c’est accueillir la parole des pauvres et reconnaître la présence de l’Esprit en eux.

Nous sommes heureux quand vous venez célébrer une messe à la paroisse : quels sont vos engagements ?


Je réalise mon ministère de prêtre dans tous mes lieux d’engagement :
– Je suis président du comité des locataires du quartier de Belleroche depuis 20 ans pour 2.200 logements.
-à la CFDT : j’assure des permanences à la Bourse du travail pour aider les salariés à faire reconnaître leurs droits.
– également Conseiller du Salarié : pour l’accompagner lors d’un licenciement.
– Je suis accompagnateur de la Mission Ouvrière : ACO*, JOC*et ACE* et également accompagnateur au Baptême des enfants d’âge scolaire ainsi que leurs parents.
– je participe à l’équipe des prêtres ouvriers sur la région.
– Quelques services à la Paroisse à la demande du père Geoffroy : Baptêmes, mariages, Eucharisties.
– Je suis membre du CCFD* et enfin je participe aux Cercles du Silence* (Collectif des Sans-papiers).

Quel est l’essentiel pour vous ?


L’essentiel…, le plus important … C’est
Etre avec les hommes…
Vivre avec les hommes,
Partager avec les hommes,
…comme Jésus s’est incarné !

Propos recueillis par Martine et Yves Tricou, 6 décembre 2010

* CMR : Chrétiens dans le Monde Rural
* MRJC : Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne
* CFDT : Confédération Française Démocratique du Travail
* CCFD : Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement
* ACO : Action Catholique Ouvrière
* JOC : Jeunesse Ouvrière Catholique
* ACE : Action Catholique des Enfants
* Cercles du Silence : Initiés par les frères franciscains de Toulouse en 2007, les cercles de silence se multiplient partout en France.
On en recense aujourd’hui une centaine, composés de citoyens de tous horizons (chrétiens, athées, militants associatifs, etc.).
Tous réunis pour dénoncer la situation des sans-papiers.

 

 

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