Mystère – juillet 2011

Le mot vient du grec « mysterion », traduit en latin par « sacramentum » : le serment. De nos jours encore, l’Eucharistie, le sacrement majeur est parfois appelé «le Saint Mystère ».

 

« Parler du mystère, c’est le profaner, autrement dit, le détruire »( Édouard Jeanneau, Dictionnaire de Théologie Chrétienne Encyclopédia Universalis). Mais on ne peut ignorer ce concept de mystère car il est au coeur de toutes les religions et même des pseudo-religions. Exacerbé, il conduit à l’ésotérisme des sectes, où seuls les « initiés » ont accès au mystère, lequel n’est évidemment jamais défini, le but étant que quelques uns s’en fassent un pouvoir sur les autres.

 

Les religions pré-chrétiennes connaissaient la valeur du mystère. Chez les Grecs, Eleusis, Dionysos, les mystères orphiques… chez les orientaux, Adonis, Isis, Osiris, Mithra…peut-être le christianisme a-t-il hérité de quelques unes de ces notions. C’est d’ailleurs le sens de l’adoration des Mages, savants dans les anciennes croyances, qui font allégeance au Messie.

 

Le concept de mystère apparaît dans l’Ancien Testament notamment au Livre de Daniel(II,18,27-28,47) et aussi dans les manuscrits de Qumran. On y parle du « mystère à venir », qui déterminera « au jour de la Visite » le sort des justes et des pêcheurs. On y fait aussi le lien avec Dieu « … car les mystères de Dieu sont merveilleux ».

 

Pour les chrétiens, le mystère n’est pas quelque chose d’incompréhensible, mais au contraire, quelque chose qu’on n’a jamais fini de comprendre. Saint Anselme rappelle : « La Foi cherche à comprendre ».

Et Simone Weil explique : « on dégrade les mystères de la Foi en en faisant un objet d’affirmation ou de négation alors qu’ils doivent être un objet de contemplation ». ( La Pesanteur et la Grâce, 1947). On n’a jamais fini de comprendre, parce que le mystère c’est le projet, le plan, le dessein de Dieu, qui est de « tout rassembler dans le Christ ». (Eph.I. 9,10). Or ce dessein de Dieu, les croyants n’y accèdent que peu à peu, et par le Christ, qui dit : « Je suis le chemin » et aussi : « nul ne va vers le Père s’il ne passe par moi ». Dans les Évangiles de Matthieu ( XII,11) ou de Marc, (IV,11) Jésus dit : « à vous, il est donné de connaître les mystères du royaume des cieux. » Or le Royaume, dans tout le Nouveau Testament, c’est le Christ lui-même, qui nus dit : « Qui me voit voit le Père » ; par conséquent le mystère est dorénavant révélé. Au cours de la célébration eucharistique, le prêtre proclame : «Il est grand le mystère de la Foi ». et l’assemblée conclut sa réponse en disant : «… nous attendons ta venue dans la Gloire », c’est à dire la réalisation du dessein de Dieu.

 

La Révélation par laquelle Dieu se donne à voir, est la voie majeure de l’accès au mystère, l’autre étant la « voie naturelle » par la contemplation des œuvres de Dieu.

Le catéchisme de l’Église Catholique cite : « Il a plus à Dieu … de se révéler en personne et de faire connaître le mystère de sa volonté… » (Dei Verbum 2). Mais il y a un préalable, voire une condition : Il faut entrer dans la relation ; la contemplation extérieure est vaine et le mystère reste obscur. C’est comme si, pour admirer Notre Dame Des Marais, nous restions dehors : les vitraux nous apparaissent gris, sombres, illisibles. Ce n’est qu’à l’intérieur que l’on peut les découvrir, car ils sont éclairés, par une lumière qui vient d’ailleurs.

 

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