Miséricorde

« Alors, il dégaina sa miséricorde et  d’un coup de lame il l’acheva. » Brrrr… c’est ça, la miséricorde ? Oui, c’est le nom qu’on donnait autrefois à une dague permettant « par miséricorde » d’achever les blessés pour leur éviter de souffrir inutilement ; inutilement pour qui ? La question n’est pas tranchée, si j’ose dire. La miséricorde, c’est aussi le siège relevable dans les stalles du chœur des églises et monastères, permettant la position assis-debout ; on y trouve souvent des merveilles de sculpture visibles quand le siège est relevé.

 

Dans les deux cas il s’agit de soulager ; soit  définitivement, soit passagèrement parce que la nuit des moines est longue, et l’âge est parfois canonique.

 

Et bien sûr, il y a surtout la miséricorde divine, la vraie miséricorde, présente dans toute la Bible, au point qu’il faudrait un live complet pour citer tous les passages qui en parlent.

 

Dans le mot miséricorde il y a « misère » état digne de pitié, et « cordia », ce qui vient du cœur, c’est-à-dire du plus profond. Saint Augustin définissait la miséricorde comme « le cœur compatissant pour la misère d’autrui ».

Le Christ a dit : « Qui me voit, voit le Père. » (Évangile de saint Jean14,8-9) Pour connaître Dieu inconnaissable, l’« au-delà de tout »qui habite « une lumière inaccessible » ; pour comprendre ce qu’est la miséricorde que le Cardinal Kasper nomme « attribut divin qui occupe la première place », le plus évident est donc de regarder ce que dit et fait le Christ. Dieu est révélé par ce que dit Jésus et par ce qu’il fait ; Jean Eudes (1601-1680) prêtre Oratorien fondateur des Eudistes, écrivait dans son journal : « Jésus sauveur, ton nom est miséricorde. »

 

Le Christ montre sa miséricorde en guérissant, en soignant, en libérant : «…il guérissait toute maladie et toute infirmité parmi le peuple. » (Évangile de saint Matthieu 14,23) Mais plus encore : Jésus est « pris de pitié » ou encore « pris aux entrailles.» (Évangiles de saint Matthieu 14,14 – de saint Marc 6,30-44 – de saint Luc 9,10-17 – de saint Jean 6,1-15). La conférence des Évêques de France définit la miséricorde comme « une sensibilité à la souffrance d’autrui. » Ce point au creux du ventre qu’on ressent quand un enfant se blesse ou souffre, ou simplement quand on imagine que cela puisse lui arriver.

 

Jésus guérit et aussi il enseigne la miséricorde ; la parabole dite « du fils prodigue » montre un père qui après une longue attente voit revenir un fils parti « mener la vie ».

(il est une image de ce que nous sommes !) Le père court, perdant toute dignité ; mais peu lui importe, il déborde d’amour, de joie, de pardon, de compassion pour la misère de son fils. Le Christ nous montre ainsi l’amour de Dieu pour nous et conclut : « soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. » (Évangile de saint Matthieu 5,48) Car si le Christ montre le Père, il montre aussi l’homme, accompli, assumant la part de divin qui existe en tout être humain, vivant en justice (c’est-à-dire proche de Dieu, voir le mot du mois de mai 2011) et il nous incombe d’être à notre tour miséricordieux, ce qui n’est pas forcément facile ; Jésus nous dit qu’il s’agit d’un : « fardeau, léger et doux à porter ». (Évangile de saint Matthieu 11,30) Mais la miséricorde implique le pardon, et c’est justement ce qui n’est pas facile. (voir le mot du mois de février 2014)

 

Alors, « votre récompense sera grande et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants. »(Évangile de saint Luc 6,35)

 

Pour tout savoir et comprendre sur la miséricorde il faut lire l’Encyclique du pape Jean Paul II « Dives in Misericordia : La Miséricorde Divine ». Par ailleurs, la miséricorde sera plus que jamais au centre des préoccupations de l’Église : notre Pape François vient de décréter une « année jubilaire de la miséricorde », laquelle coïncide avec le cinquantième anniversaire de la clotûre du Concile Vatican II, le 8 décembre 1965.

 

Alain de Guido

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