Martine et Yves Tricou

Martine et Yves Tricou « encadrent » des personnalités plus ou moins connues sur la paroisse depuis plus de 3 ans, alimentant ainsi chaque mois une belle galerie de portraits… Au moment où ils s’apprêtent à arrêter cette activité, nous sommes allées les trouver chez eux et avons cherché à mieux les connaître… On croise souvent Yves, qui est diacre, et Martine n’est jamais très loin… mais qui sont-ils vraiment ?

Yves : Je suis lyonnais, Martine est lilloise et nous nous sommes rencontrés en 1967 en montagne. Nous nous sommes mariés en 1968, puis on s’est installé à Lyon car je travaillais déjà à Lyon.  Martine était infirmière aux urgences en hôpital. Nous sommes venus à Villefranche en 1975 car je travaillais dans le beaujolais chez un négociant en vin, pour mettre en place l’informatique (de 1975 à 1985). Après, je me suis mis à mon compte, dans l’assurance, où j’ai créé une agence à Villefranche.

Nous avons 2 filles et 3 petits-enfants. Nous sommes  issus, moi d’une fratrie de  10 enfants, Martine de 7.

Et toi Yves tu as été ordonné diacre… 

Quand on s’est marié j’avais 24 ans. J’avais l’impression que tout était arrivé…  En fait rien n’était arrivé,  puisque c’est à 35 ans que nous avons fait  une retraite avec « Mariage – Rencontre »  (aujourd’hui « Vivre et Aimer ») et là j’ai découvert que je pouvais encore grandir… !

Cela a complètement chamboulé notre approche. A la même époque, nous avons rencontré la Communauté du Chemin Neuf : il a alors fallu que l’on choisisse entre la communauté et le diaconat. J’ai choisi le diaconat : je me sentais plus à l’aise pour être au milieu du monde plutôt qu’en communauté,  lieu à la fois protecteur et très exigent spirituellement. Rencontrer une communauté reste pour moi un lieu de ressourcement  qui me renvoie toujours dans le monde. En même temps, je cherchais un autre boulot…  c’était en 1985 !

Et toi Martine, tu te sentais comment par rapport à ce choix?

Moi je n’avais pas envie de rentrer dans la communauté, on a « ramé », on a attendu quelques années… Pour la petite histoire, le Père Jean-Marin Longin, alors vicaire à Villefranche a fait une retraite pour nous à Tamié. Il nous a envoyé cette petite carte en nous disant : « Vous êtes vraiment sourds tous les 2, le chômage c’est un signe de Dieu ! ». C’est ce petit moine qui a changé notre vie !

Y : Je lui ai répondu : « Il faut que je trouve un boulot et après on verra ! »

… Et j’ai été ordonné en 1991. C’est une préparation en famille. Les enfants étaient adolescentes, elles participaient à quelques réunions. La préparation était plus rapide qu’aujourd’hui, elle se faisait en 3 ans, mais avec des réunions toutes les semaines. C’était court, mais dense !

M : C’était difficile il y a 25 ans, entre Mgr Decourtray qui voulait des diacres et le clergé qui n’en souhaitait pas ! Rien à voir avec aujourd’hui !

Y : Nous avons vécu récemment une retraite avec Mgr Batut pour tous les diacres du diocèse. Le  thème était l’histoire de Joseph dans La Genèse. C’est l’histoire de tous ceux qui sont choisis, ils entraînent  toujours de l’envie, pour ne pas dire plus, de la jalousie ! En revanche nous sommes  ravis que d’autres soient appelés aujourd’hui !

Comment se sont passés tes débuts, Yves ?

Durant la préparation déjà, on comprend que quand on est appelé au diaconat, cela  n’a plus grand chose à voir avec ce que l’on vivait avant dans l’Eglise. En devenant visible dans l’Eglise, il y a un changement de mentalité à acquérir.

La lettre de mission de mon évêque m’a d’abord envoyé professionnellement auprès de mes confrères et dans ma sphère de vie locale : comme « son œil, sa bouche, son cœur et son esprit » !

Dans la paroisse, après mon ordination, je me suis fait tout petit. Puis, de jeunes vicaires m’ont accueilli et inséré progressivement dans l’église.

Depuis 10 ans, on a un petit temps de prière avec les autres prêtres tous les mercredis. On échange après, c’est bien.

Je me rends disponible pour la paroisse, un week-end tous les 4 week-ends environ. Je peux avoir 2 mariages le samedi, homélie le samedi soir et le dimanche matin à 9h et à 11h, puis les baptêmes à la fin de la messe, puis homélie le dimanche soir ! Je m’organise pour être avec un prêtre que j’accompagne tout le week-end, ça le dégage un petit peu. Je fais des funérailles aussi, si l’équipe funérailles a  besoin.

Et en couple, vous avez surtout fait de la préparation au mariage ?

On a participé à la recréation des préparations au mariage et au baptême sur Villefranche. Il n’y avait pas d’équipes comme aujourd’hui.

: Et sinon Yves, tu étais animateur de chants. Mon beau-père était chef d’orchestre, c’est une famille de mélomanes… Tu animais avec Marie-Théophane notre fille … sous les cinq clochers de la paroisse.

Il y a aussi tout un ministère hors paroisse qui est relationnel ; étant lyonnais, on a beaucoup d’amis et tu es appelé pour des funérailles, des mariages, des baptêmes. Cette année tu as célébré 15 mariages hors Villefranche !

: Aujourd’hui, je continue toujours 1 week-end sur 4, je reste disponible pour la paroisse d’Anse, de Ste Marie des Vignes pour les dépanner pour un mariage, pour un baptême, et puis il y a tous les extérieurs : tous ceux qui veulent se marier dans le Beaujolais mais qui viennent d’ailleurs.

Donc des couples qui se préparent dans leur paroisse…

Y : Absolument.  Alors dans ces cas-là, j’accepte et je les rencontre au moins 3 fois avant la célébration.  En fait je reste disponible en transversal des paroisses, c’est un peu la philosophie que je me suis donnée.

M : Tu avais un ministère qui était beaucoup plus vaste qu’aujourd’hui, quand on avait entre 40 et 55 ans…

Y : Je fais aussi partie du bureau du syndicat ecclésiastique dont le rôle est de défendre les prêtres et l’évêque sur le plan pénal vis-à-vis de la société. Si nécessaire, le syndicat ecclésiastique peut intervenir.

Côté professionnel, j’anime encore des stages d’assurance : des formations professionnelles pour des collaborateurs d’agence, pour le compte de la Fédération Nationale des Agents d’Assurance. Je me fais plaisir en faisant passer tout ce que j’ai aimé de ce métier !

: Hors paroisse, nous avons  été en responsabilité régionale des Equipes Notre Dame. Nous avons fait de la radio tous les 2 à RCF. La prière du matin, c’était formidable, quand on voyait la lumière rouge qui s’allumait, on rentrait dans la prière. On se disait alors qu’on entraînait avec nous des centaines d’auditeurs, c’était magique ! Ça a duré quelques années, du temps du PèreEmmanuel Payen. Il nous laissait aussi quartier-libre le vendredi  matin sur les ondes : on disait ce qu’on voulait sur un sujet local, Villefranche ou le Beaujolais, quelque chose qui nous avait frappés. C’est quelque chose qu’on aimait beaucoup, on créait.

Et puis vous avez fait les « encadrés » !

Y : Oui on s’est lancés dans les encadrés, on voulait faire  découvrir des gens qui n’étaient pas connus sur la paroisse, ou que l’on voyait mais qu’on ne connaissait pas.

Guillemette : C’est comme ça que j’ai fait la connaissance de Janine Papillat qui habite à côté de chez moi !
Alors, qu’est-ce que vous avez vécu de beau dans ces « encadrés » ? Qu’est-ce que ça vous a apporté ?

M : Moi j’ai trouvé ça extraordinaire ! On a toujours été « super » bien reçu, on a toujours vécu des moments assez forts, on est jamais ressortis indifférents d’un encadré, à chaque fois on était heureux ! On découvre des gens qu’on ne connaissait pas, qui se dévoilent… Cela c’est toujours fait avec un regard de foi.

Y : On a déjà un aperçu des personnes, mais très souvent  on arrive à creuser.

Et vous alliez chercher les personnes chez elles ?

Y : Ah oui toujours !

M : Des temps extrêmement forts, et on a vécu des moments fraternels, il n’y avait plus de différence d’âge, de milieu. Nous étions à 3 ou à 4 des enfants de Dieu. On travaillait pour la paroisse, pour faire avancer la foi. On a eu de très très beaux témoignages !
Ça nous a appris à nous connaître les uns les autres… quand on se rencontre maintenant, ça n’est plus pareil, il s’est passé quelque chose… je crois que c’est de l’ordre de l’intimité, et de la confiance, sous le regard de Dieu.

Si vous en aviez la possibilité, qui aimeriez-vous encadrer ? Pas forcément de la paroisse, ni en France…

M : L’ancien maire, je regrette de l’avoir loupé… Sinon, Guy Gilbert, pour le déshabiller un peu, qu’il enlève tous ses bijoux ! Savoir vraiment ce qu’il a dans la tête !

Y : Le Pape François bien sûr ! C’est celui qui fait le plus le lien aujourd’hui entre le ciel et nous, il le fait vraiment ! C’est hyper important ! Dans ma vie de diacre, j’ai toujours ce souci -je ne dis pas que j’y arrive- d’être entre les prêtres et l’assemblée, j’essaie d’être ce lien. Et je me sens soutenu par ce que dit le pape François, je peux en parler avec les prêtres plus facilement.  D’ailleurs je trouve que depuis qu’il a été élu, les prêtres ont beaucoup évolué, beaucoup ont changé leur fusil d’épaule.

Dans quel sens ?

Ils avaient encore beaucoup d’exigences assez formalistes, elles existent toujours, mais sur le fond, ils reconnaissent bien qu’au niveau de l’accueil, on a encore beaucoup à faire, eux comme nous !
Sur ce plan là, il faut reconnaitre que Geoffroy nous entraine bien à aller à l’extérieur ! J’aimerais qu’on y aille davantage !

Comment ferais-tu si tu avais la possibilité d’aller à l’extérieur ? Concrètement ?

Y : Je l’ai un peu aujourd’hui en étant en intermédiation entre les prêtres et l’assemblée.

M : Mais tu le fais, car le diaconat c’est un chemin ! Au début, le diacre ne sait pas bien ce qu’il doit faire, et petit à petit, tu es rentré dans ton  ministère. Je peux garantir qu’il n’y a pas un repas sans coup de fil : on t’appelle tout le temps, des gens qui sont paumés, qui ont des soucis, qui sont dans le besoin. Le diacre, c’est aussi le ministère du seuil, tu écoutes les gens. Tu as tout un ministère auprès de personnes qui sont hors église : par exemple, des gens qui sont divorcés et qui souhaitent un temps de prière à l’église.

A présent, si on parlait de vos projets ?

M : Moi, j’ai fait beaucoup de bénévolat, et je m’étais toujours dit qu’à 60 ans j’arrêterai. C’est comme dans l’Ecclésiaste, il y a un temps pour s’activer, un temps pour se reposer, et pour réfléchir. J’ai envie de calme, si je pouvais aller à la messe au Carmel de Mazille tous les jours, c’est là où j’irais pour le calme et  la sérénité !

Un temps pour moi, un temps pour prier. J’écoute beaucoup Daniel Ange en ce moment ; j’ai envie de me poser, de lire, de préparer mon départ, parce qu’il faut y penser, la vieillesse… de passer du temps avec mon mari… une vie un peu différente.

Le projet que j’ai toujours eu aussi : j’ai découvert qu’il y a autour de moi plein de gens qui vivent une solitude effroyable, qui ne voient personne de la journée ! Du coup, je me sens attirée par ces gens-là, je les écoute, je vais les voir.

Y : J’essaie de faire mieux ce que je faisais mal toute ma vie, c’est-à-dire tout ! Ça prend un peu plus de temps ! J’étais très content de ce que j’ai fait sur les Béatitudes, ça prend du temps. Les homélies aussi, il faut 4 soirées… ça m’oblige à me remettre en question !

Et pour finir…

M : Cette Eglise,  je l’aime passionnément, même si je ne suis pas toujours d’accord avec elle ! C’est comme quand j’attendais les lettres d’Yves quand on était fiancés, j’étais heureuse malgré les mains sales du facteur ! L’Eglise, je ne suis pas toujours d’accord avec elle,  mais elle m’apporte la Bonne Nouvelle. Donc je l’aime !

Y : Ça fait 25 ans que j’attends un autre diacre à Villefranche, je me suis parfois senti bien seul, et maintenant il va y avoir Laurent, et c’est une grande joie !

 

Propos recueillis par Céline Benk et Guillemette Lacassagne le 25 novembre 2013

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