La résurrection

« Vous êtes, vous, le corps du Christ et membre chacun pour sa part »

(1° lettre de saint Paul aux Corinthiens 12, 27)

Nous sommes le corps du Christ ; vous, moi, nous tous.

Ce n’est pas une question, une théorie qu’on puisse discuter, c’est une vérité que nous pouvons comprendre si nous prenons le temps de silence, de pause, de réflexion.

Nous sommes le corps du Christ.

Par conséquent, si au matin de Pâques le tombeau est vide, si le Christ est ressuscité, nous aussi ; notre corps n’est plus destiné au tombeau : « Dieu réclame ta vie à la fosse ». (Psaume 103-102)

Au jour de la Pentecôte, (quarante jours après Pâques, il a fallu ce temps, une éternité, pour que les disciples comprennent !) Pierre dit, s’adressant à la foule : « je voyais constamment le Seigneur devant moi, car il est à ma droite pour que je ne sois pas ébranlé. Aussi mon cœur était-il dans la joie et ma langue a chanté d’allégresse. Bien mieux, ma chair reposera dans l’espérance car tu n’abandonneras pas ma vie au séjour des morts et tu ne laisseras pas ton saint connaître la décomposition. Tu m’as montré les chemins de la vie, tu me combleras de joie par ta présence » (Actes des apôtres, 2,25-27).

 

Au temps du Christ et de saint Paul, le corps n’avait pas la même signification que de nos jours :

« le corps était pensé comme la présence de quelqu’un dans le monde, plus précisément sa présence aux autres. Dire que la communauté chrétienne est le corps du Christ, c’est donc affirmer que le Christ demeure présent dans le monde à travers la vie commune de ses disciples. Ils sont, tous ensemble, sa présence qui continue à travers l’espace et le temps.».

(Frère John. Quelle est la spécificité de la foi chrétienne ? presses de Taizé, 2007).

La Résurrection, ne serait-ce pas ce re-surgissement du Christ dans nos vies, quand nous réalisons, comme les disciples à la Pentecôte, qu’il est là, comme il l’a dit : «Car là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux ». (Évangile de saint Matthieu, 18,20)

Le nom, comme le corps, est la personne, sa présence : «  Père…j’ai manifesté ton nom aux hommes que tu as tirés du monde». (Évangile de saint Jean, 17,6)

 

« Ma royauté n’est pas de ce monde dit Jésus à Pilate ». (Évangile de saint Jean 18,36). Quand nous quittons les affaires du « monde » (= ceux qui ne connaissent pas Dieu) et que nous entrons dans la Foi, nous quittons la chair pour l’esprit, le corruptible pour l’incorruptible : «la chair tend à la mort, mais l’esprit tend à la vie et à la paix ». (lettre de saint Paul aux Romains, 8,6).

 

La première lettre de saint Paul aux Corinthiens est toute, du début à la fin, emplie de la Résurrection : « Ce qui est premier, c’est l’être animal, ce n’est pas l’être spirituel ; il vient ensuite…Et de même que nous avons été à l’image de l’homme terrestre, nous serons aussi à l’image de l’homme céleste…Il faut en effet que cet être corruptible revête l’incorruptibilité, et que cet être mortel revête l’immortalité…alors se réalisera la parole de l’Écriture : la mort a été engloutie dans la victoire . » (1°lettre de saint Paul aux Corinthiens, 15,46-56)

 

Le Christ a pris toute notre humanité, et comme l’ont dit aussi bien saint Athanase que saint Irénée, si Dieu (par le Christ) s’est fait homme, c’est pour révéler la part de divin qui est en chacun de nous ; divin parce qu’incorruptible car « de l’esprit ». Par conséquent, ce qui advient au Christ nous est advenu. Le Christ est ressuscité, et nous avec lui.

 

La Résurrection du Christ est le centre de la foi des chrétiens. «Si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide aussi notre foi» dit saint Paul. (1° lettre de saint Paul aux Corinthiens 15,14)

 

La résurrection de la chair est accomplie par la résurrection du Christ. Ce n’est pas qu’un événement à venir, c’est déjà une réalité, mais aussi, elle s’accomplit chaque jour, et s’accomplira puisque le Christ est venu, vient, et est à venir. Selon le Pape Benoit, Le marana-tha (1°lettre de saint Paul aux Corinthiens 7 et 16-22) est à comprendre comme : «le Seigneur vient », mais aussi : « le Seigneur est venu », et : « aussi sûr que le Seigneur vient ». On trouve dans d’autres textes une autre traduction : « Seigneur, viens ! ».

 

Léonardo BOFF, théologien nous parle de dette résurrection déjà là et pourtant à venir.

 

« L’homme ne naît pas pour mourir. Il meurt pour ressusciter. Jésus, ressuscité en est la démonstration convaincante. Notre désir d’une plénitude de vie ne reste pas définitivement frustré.

 

La résurrection signifie la réalisation totale et exhaustive de l’homme tout entier dans son corps et dans son âme, à l’intérieur de la réalité du royaume de Dieu.

 

La résurrection constitue ainsi le fait le plus significatif de l’histoire du monde, parce qu ‘elle a montré que c’est la vie et non la mort qui a eu le dernier mot.

 

La résurrection est un processus qui a commencé avec Jésus et se propagera jusqu’à la conquête de toute la création. Chaque fois que dans le monde grandit une vie authentiquement humaine ; chaque fois que triomphe la justice sur les instincts de domination ; chaque fois que les hommes créent des médiations plus fraternelles pour la vie sociale ; chaque fois que l’amour est au-dessus des intérêts ; chaque fois que l’espérance s’oppose au cynisme et au désespoir, alors toujours se réalise la dynamique de la résurrection. »

 

Saint Bernard de Clairvaux (1090-1153) écrivait : « le Christ commence par nous faire respirer dans la lumière de son inspiration, afin qu’à notre tour nous soyons en lui un jour qui respire. Car par son opération, l’homme intérieur en nous se rénove de jour en jour, et se refaçonne en esprit, à l’image de son créateur : il devient un jour né du jour, une lumière issue de la lumière… Il reste à attendre un troisième jour, celui qui nous aspirera dans la gloire de la résurrection. »

Mais ce troisième jour (dans la Bible, 3 jours = peu de temps) c’est maintenant, c’est tout le temps, c’est quand nous voulons c’est quand nous suivons le Christ, et c’est quand tout ce qui vit de l’esprit vivra du Christ. Le frère Aloïs, prieur de Taizé l’exprime clairement : « La promesse renouvelée de notre participation à la vie de Dieu n’est pas une spéculation sur l’au-delà après la mort. »

 

Le Pape Benoît, dans son livre La Mort et l’au-delà (Bayard. 2005) précise : « L’homme n’est pas seulement matière, biologie ; il est aussi esprit, relation aux autres, et il ne peut être vraiment que dans la relation. De même que le monde se construit du simple au complexe, l’homme se construit quand il sort de son isolement pour aller vers les autres ; la résurrection de la chair, c’est le terme de cet accroissement du réseau de relation, quand l’homme sera complètement intégré dans son cosmos. » Ce que Dietrich Bonhoeffer, pasteur protestant disait autrement : « dans l’Église, il ne s’agit pas de religion, mais de la figure du Christ qui doit prendre forme dans une multitude d’hommes. » (Ethic, 1949, édition posthume).

Avant lui, le père Teilhard de Chardin professait: « Je crois que l’univers est une évolution ; je crois que l’évolution va vers l’esprit ; je crois que l’esprit, dans l’homme, s’achève en du « personnel » ; je crois que le « personnel » suprême est le Christ, universel. » (comment je crois- 1934)

De même, le frère Roger, fondateur de la communauté de Taizé écrivait : « Saisissons-nous assez

que, voici deux mille ans, le Christ est venu sur la terre, non pas pour créer une nouvelle religion, mais pour offrir une communion en Dieu à tout être humain ? » (Dieu ne peut qu’aimer, presses de Taizé, 2001.)

Au XVIII° siècle, le Cardinal de Bérulle écrivait : « l’homme est composé de pièces toutes différentes. Il est miracle d’une part, et de l’autre, un néant ! Il est spirituel d’une part et corporel de l’autre. C’est un ange, c’est un centre, c’est un monde, c’est un Dieu, c’est un néant environné de Dieu, indigent de Dieu, capable de Dieu et rempli de Dieu, s’il veut ».

 

La question essentielle pour nous n’est-elle pas de savoir ce qu’éveille en nous le Christ ? Comment le Christ nous tire vers l’Esprit ? Et finalement, ce que le Christ re-suscite dans nos vies ? Et si nous le voulons ?

 

La Bible utilise souvent un langage poétique ou symbolique qui peut nécessiter une explication et parfois un « décodage ».  Chaque mois, dans cette rubrique, un mot sera présenté dans un langage courant, plus accessible à ceux qui ne sont pas familiers de l’Église.

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Contact : Alain de Guido, 04 74 60 05 17

 

 

 

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