LA RÉSURRECTION, CE N’EST PAS :

Les premiers mots de l’encyclique « Fides et Ratio » ( Foi et Raison ) du Pape Jean Paul II publiée en 1998 rappellent une vérité trop oubliée : « la foi et la raison sont comme les deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité ».

Autrement dit, tout ce qui touche à la superstition, au surnaturel, au merveilleux, est probablement assez éloigné de la Foi, qui est vérité. « Je suis le chemin, la vérité, la vie » dit le Christ. ( Évangile de saint Jean, 14,6 )

 

Dans le domaine du merveilleux, la résurrection du Christ est en bonne place, aidée par les représentations artistiques, qu’on prend au pied de la lettre alors qu’il faudrait les interpréter comme des signes.

 

Pour comprendre la Résurrection, essayons donc de définir ce qu’elle n’est pas.

 

  • La résurrection n’est pas un concept d’avenir de l’homme ou de l’humanité comme ce qui existe dans des civilisations très anciennes ; c’était une croyance acceptée et répandue dont on trouve généralement l’origine dans la perception des cycles, quotidiens, du jour et de la nuit ou annuels, de la vie des plantes et des saisons. Les divinités antiques vivent presque toutes des résurrections : Osiris, Attis, Dyonisos… Le cycle lunaire a aussi joué un rôle : la lune disparaît pendant trois jours, c’est la « lune noire » puis renaît.

Au temps du Christ même, cette croyance était bien ancrée : Hérode croyait que Jésus était Jean le Baptiste ressuscité (il y aurait peut-être matière à analyse psychologique autour de la culpabilité !), d’autres pensaient que c’était Élie.

 

  • La résurrection n’est pas un retour à la vie d’avant. Le Christ se montre avec ses plaies ; Le Christ est vivant, non pas revenant de la mort, mais vivant malgré la mort, et nous sommes appelés à cette vie. De Lazare l’Évangile nous dit qu’il est sorti encore enveloppé de ses linges. Jésus lui, est passé dans une autre vie, libéré, sans entraves, (les linges sont dans le tombeau) ce qui a une autre signification.

 

  • la résurrection n’est pas un événement daté, qui s’est produit une fois pour toutes. La Résurrection du Christ est un événement permanent dans nos vies, si nous le voulons.

 

  • la résurrection n’est pas perçue de la même manière pour chacun de nous : parfois brusque révélation, parfois lente maturation, parfois passage par le doute comme Saint Thomas ; il était surnommé Didyme, c’est à dire « jumeau » ; les Évangiles ne citant pas de jumeau à Thomas, le jumeau c’est chacun de nous. Les doutes de Thomas sont les nôtres.

 

Les apparitions sont décrites différemment : parfois certitude soudaine, parfois lente reconnaissance ; pour nous chrétiens, le Christ vivant n’est pas un souvenir lointain, mais une réalité que la mort ne peut détruire.

 

Jésus a resurgi dans l’esprit des disciples, quand il se rendent compte, soit sur la route d’Emmaüs soit dans la chambre haute où, à la Pentecôte, ils reçoivent l’Esprit, que Jésus vit encore en eux. Christ est vivant non pas revenu de la mort, mais vivant malgré la mort. « Pourquoi cherchez vous le vivant parmi les morts ? ». (Évangile de saint Luc 24,1-6).  À la Pentecôte, Pierre – comme les disciples – comprend le sens de la mission de Jésus. Pour lui, ressuscité signifie reconnu, désigné pour une mission dans le monde. S’adressant à la foule: il dit deux fois : « Dieu l’a ressuscité » et la troisième fois : « Dieu l’a fait Seigneur et Christ ». (Actes des apôtres, 2,24-32)

 

C’est en cela que Jésus « re-suscite » quelque chose chez Pierre, comme chez Thomas, qui ne dit « Mon Seigneur et Mon Dieu » (Évangile de saint Jean 20,24-29) – sans avoir touché les plaies du Christ – qu’après la Résurrection. De même pour Jean, quand arrivé au tombeau – pas vide, puisque Pierre s’y trouvait – « il vît et il crût ». (Évangile de saint Jean 20-28).

 

  • la résurrection n’est pas dissociable de la Croix ; la résurrection est donc liée à la souffrance et à la mort. La Croix et la Résurrection, c’est la même chose : Le Christ a été élevé. Le mot ressuscité vient du grec « anisatanaï : relevé.  Pascal dit : « Le Christ est en agonie jusqu’à la fin du monde ». (Pensées, p. 553) Pendant des siècles, on a estompé la Résurrection en faveur de la Croix. Mais «le crucifié est le ressuscité » ; ( Frère John, Les Deux Faces de la Croix, presses de Taizé, 2009). Ne serait-ce que sur le plan chronologique, il fallait bien que le Christ fut crucifié avant que de ressusciter.

 

  • la résurrection n’est pas du domaine du magique, du « merveilleux ». Le Christ a toujours ramené les « miracles »- qui ne sont pas articles de la Foi chrétienne, ils ne figurent pas dans le « Credo » – à des faits constatables, et il l’a toujours fait discrètement, voire secrètement. Enzo Bianchi fondateur de Sant Egidio, à l’occasion d’une conférence de Carême à Notre Dame de Paris, rappelait : « Un proverbe chinois dit : « quand le sage montre la lune, le fou regarde le doigt ». Les miracles c’est pareil, on ne doit pas regarder les miracles comme une fin en soi, mais ce qu’ils nous montrent ». La Résurrection est du même ordre.

 

  • la résurrection n’est pas un miracle comme un autre : Selon Jean Bouilloc (l’espérance qui est en vous Centurion 1965) la Résurrection du Christ montre le terme vers lequel tendent tous les miracles : le Salut, définitif.
  • la résurrection n’est pas un événement historique : Il n’en existe aucun témoin direct ; il n’existe donc pas de preuve ; contrairement à ce que pensaient beaucoup à l’époque de la mort de Jésus, si des disciples avaient volé le corps de Jésus, l’opération était tellement risquée – viol de sépulture, rupture du shabbat – qu’ils n’auraient pas pris le temps d’ôter les linges et de les disposer soigneusement.

 

Mais il n’existe pas de preuve du contraire. La résurrection du Christ est visible d’abord dans le fait que le tombeau est vide. Le Psaume 102 dit : « Tu réclames notre vie à la fosse ».(Actes, 2,24-32)

« Cette vie qu’ils avaient connue et partagée, n’est pas au tombeau, elle vit en eux. Le tombeau vide n’est pas la Résurrection. Le Nouveau Testament parle peu du tombeau vide. Saint Paul n’en parle pas ; Jésus n’est pas un souvenir, c’est une présence vivante. » (J.A.T. Robinson, Ce Que Je Ne Crois pas. Grasset. 1968)

 

Cela indique que le corps, tel que nous le possédons, n’est pas concerné ;  dès la Résurrection, le Christ « apparaît » en Esprit ; sinon, Marie-Madeleine au tombeau, le matin de Pâques , l’aurait-elle confondu avec le jardinier ? Luc appelle Jésus « Le Vivant » plutôt que le ressuscité. C’est la notion de vie malgré la mort. Il cite le Psaume : « Tu es mon fils et aujourd’hui je t’ai engendré » . À propos du Baptême du Christ par Jean le Baptiste, saint Paul cite ce même Psaume (Actes 13,23-33) pour exprimer la résurrection : Jésus devient fils de Dieu. La Résurrection du Christ est la traduction dans notre humanité de ce que Dieu réalise éternellement par l’Esprit : il engendre et fait des fils. Le corps n’est pas concerné car depuis la résurrection, le corps du Christ, c’est nous. Saint Paul a fait de cette évidence la trame de la plupart de ses lettres.

 

  • la résurrection n’est pas une « réincarnation », idée basée sur le mérite, répandue dans les sociétés asiatiques relevant plus de la philosophie que de la Foi. Tant qu’on n’a pas été suffisamment méritant, on se réincarne ; nos bonnes actions (karma positif) doivent être supérieures à nos mauvaises actions (karma négatif)  sinon, on se réincarne.

 

Les chrétiens ne croient pas à ce schéma : « tu as fait le bien, tu gagnes ;tu as fait le mal, tu vas brûler en enfer ». Croire n’est pas une morale ; on ne fait pas le bien pour gagner quelque chose, mais parce que nous sommes aimés d’un amour inimaginable. Nous sommes faibles, donc nous pouvons pécher, mais nous sommes aimés et cela seul compte. Parce que nous sommes aimés – et non pour gagner une récompense, ou l’amour ou le pardon – notre propre résurrection est possible (à rapprocher de l’attitude des parents). Les Écritures pour faire comprendre cette notion, proposent beaucoup d’images : se mettre en marche, dépouiller le vieil homme, sortir du tombeau… se donner. « Celui qui aime sa vie la perd » dit le Christ (Évangile de saint Jean 12,25). Le Père Christian Biot donnait à ce propos l’image du pot de confiture : plus on en mange, moins il en reste pour d’autres.

 

Par conséquent, la Résurrection est possible aussi dans cette vie, dans ce monde. L’autre monde n’est donc pas après la mort (cf : Cardinal Ratzinger : La mort et l’au-delà. Bayard. 2005).

 

  • la résurrection n’est pas une « réanimation »

Le Christ a redonné vie a beaucoup de personnes qu‘il a rencontrées. Aucun de ces événements ne peut être considéré comme une résurrection ; ce sont des réanimations.

 

  • Chaque personne retrouve sa vie d’avant. Le Christ est passé dans une vie nouvelle, avec ses plaies et un corps que tous ont du mal à percevoir.

 

  • Chaque personne n’est possiblement pas « morte » au sens où nous l’entendons de nos jours. Devant la fille de Jaïros (Évangile de saint Marc 5,39) jésus dit : « l’enfant n’est pas morte, elle dort ». Françoise Dolto explique que si le Christ dit que l’enfant n’est pas morte, c’est que le passage à l’adolescence ne se fait pas. Jésus va libérer l’enfant de ce qui la lie.  De même pour Lazare ; Jésus dit : « déliez-le et laissez-le aller » (Évangile de saint Jean 11,44). De même, pour le fils de la veuve de Naïn, ( Évangile de saint Luc, 7,11-17) Jésus en disant « jeune homme je te l’ordonne, lève-toi » dénoue une situation fermée « entre une femme pas femme et un homme pas homme » (Françoise Dolto l’Évangile au risque de la psychalnalyse. Delarge. 1977)

 

Dans ces circonstances, comme dans tous les « miracles » Jésus fait toujours référence à la Foi,

qui seule libère : « ta foi t’a sauvé ». La demande de Jaïros, comme celle des sœurs de Lazare sont l’expression d’une foi profonde : « Si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort » dit Marie. (Évangile de saint Jean, 11,32). C’est la foi qui permet le retour à la vie. Le Père Varillon va jusqu’à dire qu’en réalité on se sauve soi-même en adhérant à la proposition de salut, qui est pré-existante. (Joie de Croire Joie de Vivre. Centurion. 1981).

 

Ce qui diffère fondamentalement ces réanimations de la Résurrection, c’est que dans le cas des réanimations, le corps est essentiel, ce qui n’est absolument pas le cas de la Résurrection. Puisque le tombeau est vide, le corps physique du Christ est devenu un autre corps un souffle de vie nous dit saint Paul ; il laisse place à une relation « en esprit ». À Marie de Magdala désorientée par le tombeau vide, Jésus dit : « ne me touche pas » (Évangile de saint Jean, 20,11-18).

 

La Bible utilise souvent un langage poétique ou symbolique qui peut nécessiter une explication et parfois un « décodage ».  Chaque mois, dans cette rubrique, un mot sera présenté dans un langage courant, plus accessible à ceux qui ne sont pas familiers de l’Église.

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Contact : Alain de Guido, 04 74 60 05 17

 

 

 

 

 

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