La Résurrection

Les chrétiens ont fait de la Croix, instrument de supplice, le symbole de leur foi, de leur vie. Masochisme ? Souci de mortification ? Dolorisme comme par exemple au XVI° ou au XIX° siècle ? Peut-être en partie, peut-être parfois ; et Dieu sait que ça a fait rigoler pas mal d’incrédules ; mais aussi, mais surtout, la Croix est indissociable de la Résurrection.

 

Sans la Croix, pas de Résurrection, qui est le but ultime de la vie du Christ. Il est venu pour nous entraîner à sa suite, et en prenant notre condition d’homme, pour nous révéler la part de divin possible en nous, nous ouvrir la possibilité de notre propre résurrection, comme l’ont dit et répété saint Athanase et saint Irénée : « Deus homo factus est ut homo fieret Deus » : Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu.

 

La Croix fait vivre ? Comment le nier quand on constate la ferveur autour des reliques de la « vraie Croix », peut-être rapportées des Croisades ? Pélerinages, communautés religieuses, voire guérisons se créent autour ; quoi qu’on en dise, qu’elles soient vraies ou pas vraiment vraies, ces reliques font vivre, aident à vivre, donnent la vie, même si la foi s’exprime ici de façon simpliste et même discutable.

 

La Croix fait vivre ? Comment l’ignorer quand chaque année le peuple des chrétiens s’accroît de quelques millions de personnes ? Même si par ci par là subsistent quelques croyances « pas très catholiques » ou « pas très orthodoxes » relevant soit de la superstition, soit d’un manque de raison entraînant certaines confusions par exemple entre la résurrection et la réincarnation ( voir le mot du mois de mai 2012), confusion que partagent, selon un récent sondage, 15% de ceux qui se disent catholiques ; comme aussi la juxtaposition des pratiques chrétiennes affichées, et  plus discrètement des pratiques païennes, en Afrique ou en Amérique centrale.

 

«Voici la Croix, d’où jaillit la vie » chantent les bénédictins de Tamié. Par la Croix, une résurrection est possible, le Christ le dit on ne peut plus clairement : « celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix » (Évangile de saint Luc 9,22-25).

 

Lisez bien : « qu’il prenne sa croix ». Le Christ ne nous dit pas de subir, de déplorer, de nous lamenter, mais de prendre en mains notre croix, ce qui nous fait souffrir, ce qui nous tire vers le bas, de prendre en mains notre vie. C’est le programme qu’Il nous propose dans les « Béatitudes » : « Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés. »

(Évangile de saint Matthieu, 5,4). Comment ? En prenant leur croix. Parce que la croix et la consolation, la croix et la résurrection sont liées, mais comme le dit le Christ, cela concerne « celui qui veut me suivre ». Autrement dit, il y a un chemin à parcourir des pleurs à la consolation, de même que de la Crucifixion à la Résurrection ; il y a un chemin, une histoire, un espace-temps, une chronologie. Et pourtant, ces deux événements sont une seule et même chose : Le Christ en croix est élevé au-dessus de notre condition d’hommes, condition qu’il a assumée. Sans Crucifixion, pas de Résurrection.

 

De même, Pâques, la Pentecôte, l’Ascension sont des regards différents posés sur un même événement : la prise de conscience qui nous est offerte de notre part de divin, de notre possibilité de nous élever de la matière à l’Esprit. Nous pouvons ne pas rester prisonniers de la mort (Pâques) ; nous pouvons sortir de nos enfermements, de nos peurs (Pentecôte) ; nous pouvons accéder à une transcendance (Ascension), à une relation avec Dieu, par le Christ, qui nous propose de marcher à sa suite, lui qui est le chemin.

 

La croix, nous montre deux faces : l’échec, mais la victoire sur le mal avec une vie donnée. Frère John, de Taizé nous aide à comprendre, par le récit d‘un aspect de la Crucifixion dans l’Évangile de saint Luc ( 23,39-43).

 

Un des deux malfaiteurs apostrophe Jésus, comme le fait notre monde chaque jour : « Eh, descend, t’es même pas cap !» ; l’autre reconnaît en Jésus l’innocent qui a accepté le martyre : « prends-moi avec toi ». Il reconnaît qu’il n’est plus seul dans son enfer, lequel a commencé bien avant sa condamnation. Jésus reprend ses mots mêmes :       « Avec moi, aujourd’hui tu seras dans le paradis ». Aujourd’hui. Un aujourd’hui qui dure tous les jours depuis 2000 ans et s’adresse même au dernier arrivé. Reconnaissons le Christ, et notre résurrection est liée à la sienne.

 

Frère John nous dit :

« Ce récit situe avec précision le passage entre les deux face de ce mystère. C’est avant tout une question de regard. Contempler le visage du Crucifié pour y discerner l’Envoyé de Dieu, l’innocent par excellence, c’est déjà passer de l’autre côté… ce changement de regard n’est pas explicable humainement, c’est un don de claire vision venant tout droit de l’Esprit de Dieu. » ( Les deux faces de la croix , Presses de Taizé, 2009).

 

Frère John conclut en nous renvoyant à l’Ancien Testament, en Zacharie 12,10 :

« Ce jour-là, ils regarderont celui qu’ils ont transpercé, ils célébreront le deuil comme pour le fils unique », et 13,1 :  « Ce jour-là, une source jaillira pour la maison de David et les habitants de Jérusalem, en remède au péché et à la souillure ». 

 

 

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