Foi

Nous connaissons tous ce dicton, une scie, un proverbe, une vérité de sagesse populaire etc… tout ce qu’on veut comme appellation. C’est :

 « IL N’Y A QUE LA FOI QUI SAUVE ». Une phrase dite souvent mécaniquement, comme un quasi-réflexe est mise à toutes les sauces, même les plus profanes.

Mais cet élément du langage courant, populaire, comment ne pas voir qu’il exprime une vérité ? Peut-être La vérité ?

 

Le Christ quand il guérit des malades, ne s’attribue jamais la gloire du miracle. Non seulement il demande au guéri de ne pas en parler, mais le plus souvent, il conclut par : « va, ta foi t’a sauvé ». Le père Varillon le disait ainsi : « On se sauve soi-même en adhérent à la proposition de salut ».( joie de croire joie de vivre, centurion, 1981)

 

Il n’y a que la foi qui sauve. Bon ; mais qu’est-ce que la foi et comment sauve-t-elle ?

 

La foi ; croire ; du latin credere, dérivé de « cor dare », donner son cœur. Rien à voir avec crédulité, aveuglement ; Le Pape Benoît rappellait constamment que la foi et la raison voguent de conserve.

 

Donner son cœur, adhérer et dans la liberté, choisir. Voilà ce qu’est la foi.

 

Donner son cœur, c’est d’abord une démarche, un pas en avant. Aucun des guéris par le Christ ne l’a été à son initiative : ils sont venus vers lui, de leur propre volonté ou aidés par des proches, comme le paralytique qu’on introduit par le toit. Avec une demande explicite comme Jaïros, ou plus discrète comme la femme hémorragique.

 

La foi, ce serait la liberté ? Bien sûr ; beaucoup trouvent plein de raisons de ne pas croire et personne ne nous oblige à croire. Il n’en a pas toujours été de même ; l’Église s’est parfois – souvent ? – donné les moyens d’obliger les gens à croire.  À notre époque et singulièrement en France, on aurait plutôt tendance à obliger les gens à ne pas croire, ou au moins à mettre dans la ligne de mire ceux qui croient, et plus particulièrement les chrétiens. Mais après tout, le Psaume 4 nous dit que nous sommes « à part ». Saint Paul lui-même le dit de Dieu « celui qui m’a mis à part » (lettre aux Galates, 1,15). Et le Christ proclame heureux « ceux qui sont persécutés en mon nom » (Évangile de saint Matthieu, 5,11). Dans le monde, 75% des persécutions religieuses visent les chrétiens. En France il ne s’agit pas de persécutions, mais d’un climat de petites attaques constantes, de caricature de notre foi, comme aucune religion n’en accepterait.

 

Il n’y a, donc, que la foi qui sauve. Mais qu’est-ce qu’être sauvé ?

 

Le Christ le dit sans ambiguïté : « Celui qui croit en moi a la vie éternelle » ou encore : « Celui qui croit en moi ne mourra pas ». Pourtant, chacun sait que nous mourrons tous un jour. C’est donc qu’il s’agit ici d’une autre mort et, partant, d’une autre vie : « Celui qui n’aime pas reste dans la mort » (1°lettre de saint Jean)

 

La foi, c’est d’abord un don de Dieu ; il nous appartient d’y adhérer, de nous laisser emporter dans cet amour comme nous l’indique le Pape Benoît dans son motu proprio

« Porta Fidei » d’octobre 2011 :

 

« Il n’y a pas d’autre possibilité pour posséder une certitude sur sa propre vie sinon de s’abandonner, dans un crescendo continu, entre les mains d’un amour qui s’expérimente toujours plus grand parce qu’il a son origine en Dieu…La foi, c’est décider d’être avec le Seigneur pour vivre avec lui ».

 

À la loi, le christianisme a substitué une présence : Le Christ, venu pour mener la loi à son terme : l’amour. Comment ? en montrant ce que notre condition humaine peut avoir de divin.

 

À l’époque antique ou dans les premiers temps chrétiens, le corps n’était pas que de la chair animée ; c’était la personne même, « la présence de quelqu’un dans le monde, plus précisément sa présence aux autres. Dire que la communauté chrétienne est le corps du Christ, c’est donc affirmer que le Christ demeure présent. » (Quelle est la spécificité de la foi chrétienne ? Frère John, éditions de Taizé 2007).

 

« Pour les premiers disciples comme pour les générations chrétiennes qui se sont succédées, c’est surtout au geste familier de la fraction et du partage du pain que Jésus n’a cessé de se faire connaître (1). Ainsi pour le chrétien, il ne s’agit pas de ressaisir un souvenir lointain, mais de vivre dans une réalité que la mort n’a pu détruire, et contre laquelle elle ne peut rien » (Ce que je ne crois pas, John A.T. Robinson, Nouvelle Réforme, 1968)

 

 

 

 

(1) voir l’épisode dit des Pélerins (ou des disciples) d’Emmaüs, Évangile de saint Luc, 24,13-35

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