Jean-Claude THION dit « P’tit Frère »

 

Que l’on soit de Villefranche, du Beaujolais ou des Dombes, tous nous connaissons « P’tit Frère » chevrier à l’Oasis, mais racontez-nous votre enfance ?

Je suis né à St Didier sous Beaujeu, au col de Casse Froide. Je suis fils unique de maman qui m’a eu à 42 ans ! Et, me voilà arrivé au sein d’un couple d’agriculteurs : du bétail, des vaches, chèvres, poules cochons et un peu de céréales. C’était dur, car on faisait tout à la main, comme faucher… Le tracteur n’est arrivé qu’en 76…et alors on s’endettait !

Je suis allé à l’école de St Didier puis, à la manécanterie de Claveisolles jusqu’en 4ème. Ensuite Lyon au petit séminaire « Leidrade ». Puis retour à la terre à Corcelles pour y faire des études d’agriculture en maison familiale en alternance avec la ferme. Ensuite j’ai exploité la ferme familiale, d’abord avec mes parents, puis encore 7 années après leur mort.

Mes parents recevaient toujours les pauvres et les gens de passage… Ils n’étaient pas attachés à l’argent…

A 19 ans, j’ai fait les exercices de St IGNACE sur les conseils d’un de mes cousins… J’y suis retourné 16 fois… J’ai rencontré le Christ là, sinon je l’aurai peut-être abandonné…

En 1987, je suis arrivé à l’OASIS. C’est Bruno GREMAUD qui avait créé la bergerie en 1980 et j’ai pris la relève.

Durant vos moments de repos, qu’aimez-vous faire ?

* Pas de télé ! C’est un principe.

* Je lis des revues religieuses que j’achète à Ars.

* On a un oratoire ; j’y vais prier…

* La marche, beaucoup, je fais presque tout à pieds : la paroisse, Ars, St Cyr le Chatoux….

* Et puis j’ai fait quelques voyages : Cavaillon, Rome pour Paul VI, puis pour Jean-Paul II, Lourdes plusieurs fois, Assise, sinon Paris le salon de l’Agriculture. Tout en bus !

Vous êtes un fidèle paroissien ?

* Oui, je vais un peu partout le Dimanche. Sinon le Jeudi jour de repos, je vais le matin à Limas ou à Ars… : 2 heures 15 aller, 2 heures 30 retour…car je bois un petit canon à Jassans !

* C’est important la paroisse, c’est le fondement de la vie chrétienne autour de l’Eucharistie et aussi avec la présence d’autres chrétiens… A Arnas, j’y fais parfois des lectures.

Votre histoire avec l’Oasis ?

C’est Alfred Gap qui avait créé l’Oasis en 1962. Il est mort en 1979 à Lourdes, c’est beau…

Je suis arrivé à l’Oasis en 87, le Père Jean Lacombe était curé à cette époque. Là –haut, à St Didier, la solitude était trop grande… On m’a fait connaître l’Oasis… J’ai trouvé ici un travail intéressant… J’ai aussi été très soutenu par les Petites Sœurs des Pauvres. Ca m’apporte beaucoup d’être ici, c’est un monde que je n’imaginais pas… Nous sommes 30 communautaires ; certains ne restent qu’un an ou deux, d’autres plus longtemps : à chacun son emploi. Moi, c’est la bergerie. J’essaie d’être courtois avec tout le monde…

Pourquoi cette passion : chevrier ?

Oui, je suis chevrier depuis 87, mais j’avais appris chez mes parents étant enfant.

Ici il y a 60 chèvres que je reconnais toutes, elles ont un nom et elles reconnaissent ma voix quand je leur parle et alors elles se mettent à bêler.

Matin et soir, je m’occupe de la traite, puis de leur alimentation et des cabris aussi… Les naissances sont souvent multiples, elles me font lever la nuit car je dois surveiller… Et les hirondelles et les tourterelles sont là aussi dans la bergerie !

Ces cabris et chèvres font la joie des enfants, des handicapés, des mamans… Ca m’apporte beaucoup de joie, je reçois beaucoup plus que je donne.

…Un petit message pour ceux qui vous liront ?

Ici je suis en mission…

J’ai été fortifié dans ma foi chrétienne grâce aux exercices de ST Ignace.

Je remercie tous les prêtres et paroissiens que j’ai rencontrés car ils m’apportent beaucoup.

L’Eucharistie fait vraiment partie de ma vie de foi, la prière nourrit ma foi.

Je suis « Cistercien de cœur », et je lis l’Office chaque jour.

Marie, c’est toute ma vie !

(L’entretien s’est terminé par un temps de prière à l’oratoire.)

Propos recueillis par Martine et Yves Tricou le 17 février 2012

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