Espérance

En octobre 1937 André Malraux publie son roman « L’Espoir » ; le titre exprime ce que ressentaient les républicains espagnols qui soutenus par Staline et les brigades internationales, se battaient contre les nationalistes du général Franco soutenus eux,  par Hitler. L’espoir était dans le camp républicain victorieux en mars à la bataille Guadalajara ; mais victoire pas décisive, puisque finalement c’est Franco qui l’a emporté.

 

Comme pour tous les espoirs humains, le risque est grand de la désillusion et de l’échec. C’est toute la différence avec l’espérance, de nature éternelle, car tournée vers Dieu et par conséquent jamais vaine, jamais déçue.

 

L’espérance, comme la foi et la charité (autre nom de l’amour) sont ou devraient être les trois vertus majeures des chrétiens ; l’espérance d’autre chose que la vie de tous les jours, que la condition humaine, l’espérance que nous appartenons à ce qui nous dépasse, s’incarne en Dieu, le « Tout Autre », celui qui est « au-delà de tout ». Tout ce que nous ne sommes pas mais dont nous faisons partie et vers qui nous devons nous élever en cherchant ce qui est divin en nous : c’est le « salut », qui nous est donné par grâce quand nous plaçons Dieu au centre de nos vies. Saint Athanase et Saint Irénée l’ont dit : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu ». Pas pour que l’homme se prenne pour un dieu, mais pour qu’il s’élève vers Dieu, entraîné dans l’Ascension du Christ.

 

Défiguré par sa constante tentation de se couper de Dieu ou de le méconnaître, l’homme peut pourtant être transfiguré.

 

Et bien sûr, cette espérance est pour maintenant, pas seulement après notre mort terrestre. Le Père Pailler, archevêque de Rouen, disait en Octobre 1968 à l’Assemblée plénière des Évêques à Lourdes que le salut apporté par le Christ libère l’homme de la mort en lui donnant DÈS ICI-BAS et pour l’éternité, « la communion avec le Père et son fils Jésus Christ » (Évangile de saint Jean 1,3)

 

Pour être aussi de maintenant, le salut chrétien n’est pourtant pas celui de la langue courante, quand on est sauvé d’une maladie, d’un accident, ou que l’on doit son salut à des sauveteurs… Ce salut (du latin « salutem » = santé) libère aussi, mais le salut apporté par le Christ délivre du mal absolu qui est la privation de Dieu ; ce salut est l’objet de l’espérance, pas de l’espoir.

 

L’espérance chrétienne est par conséquent liée à la résurrection (voir les mots de mai et juin 2012, mars et avril 2013) qui est pour les théologiens, le retour vers Dieu à quelque moment que ce soit, comme l’exprimait le Christ dans la parabole où des ouvriers arrivés tard recevaient le même salaire que ceux venus plus tôt. Plus évident encore, Jésus sur la Croix, accueille le « bon larron » en lui disant : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras en paradis » (Évangile de saint Luc 23,43).

L’espérance du Salut, c’est le Christ qui y répond ; le Père Varillon écrivait :

« Qui sauve ? le Christ. Qui est sauvé ? l’homme. De quoi est-il sauvé ? De la finitude de la créature. Le salut aboutit à une vie éternelle divinisée, l’être humain c’est du divinisable » » (Joie de Croire Joie de Vivre).

 

Là est l’Espérance chrétienne.

 

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