Chantal SOLLIER

 

Es-tu Caladoise de naissance, Chantal ?

Je suis née à Lyon et je me suis mariée avec Christian en 1976 à Lyon. L’église de Balmont à  la Duchère devenue aujourd’hui un cinéma !

Nous étions sept enfants et j’étais la dernière, j’ai eu une enfance difficile à cause d’une situation familiale très pénible avec une sœur malade… J’ai dû me débrouiller toute seule toute mon enfance jusqu’à 18 ans…

Mon père était très priant et pratiquant, ma mère, également croyante et pratiquante.

Après trois ans d’aide-ménagère à la Duchère chez les personnes âgées, je suis allée à la résidence Beaulieu à Morancé, d’abord comme femme de service, puis comme aide-soignante durant 23 ans.

Avec Christian nous nous sommes installés à Béligny.

Aujourd’hui, je connais tout le monde dans le quartier et je m’entends très bien également avec les musulmans dans mon immeuble.

Oui, je n’ai pas de télé ! Mais j’écoute beaucoup de musique classique ou des cassettes d’Enseignement du Renouveau, également des chants, mais surtout la radio RCF !

Nous n’avons pas eu d’enfants, mais Christian et moi avions une autre vocation.

Chaque matin je prends un temps de prière durant une heure avant mon petit déjeuner ; ça me dynamise, ça me donne la pêche pour la journée.

Je fais aussi de la danse spirituelle à la Communauté des Apôtres de la Paix.

Dans la vie paroissiale du quartier à Béligny : je vais à la messe le lundi matin, puis un temps de prière le mardi matin et un temps de partage d’Évangile une fois par mois. Et aussi rue Claudius Savoye : Prière du Renouveau tous les mardis soir.

Je garde ma petite voisine âgée de cinq ans tous les mercredis matins, car sa maman travaille.

Depuis quelques années, on te voit arpenter les rues de Villefranche avec une canne blanche ?

Oui, je suis en invalidité depuis l’âge de 50 ans à cause d’une maladie des yeux qui a commencé très jeune, avant 40 ans : je suis malvoyante … Depuis que je suis seule, -deux ans-, j’ai pris la canne blanche car je trébuchais et tombais souvent. Cela me sécurise : les gens sont très gentils, attentionnés ils m’aident à traverser la chaussée car je ne vois pas les feux, …mais je vais partout quand même !

 

Christian nous a quittés il y a deux ans. A Villefranche, -surtout rue Nationale-, tout le monde le connaissait. Quelques mots sur ton mari ?

Il avait un grand charisme de contact, il s’intéressait à tout le monde, il avait de l’empathie naturelle : par exemple le jour de marché il partait à 7 heures, il revenait à 12 heures !… Étant né à Villefranche, il connaissait tout le monde… Il était coursier  pour la Ville : il avait refusé la promotion car il voulait garder sa liberté intérieure avec le plus de contacts possibles.

Il était aussi auteur-compositeur-interprète dans ses loisirs et aussi écrivain… Il s’intéressait et distribuait des pubs d’information écologique ou spirituelle à tout le monde !

 

Tu es engagée dans « Chrétiens à l’Ecoute ». En quoi cela consiste ?

Je suis engagée depuis janvier 2012 à cette permanence téléphonique. J’ai suivi une formation de trois mois  à Lyon, avec un psychothérapeute, une théologienne et un diacre. Tout cela a démarré en 2006 et moi je prends l’écoute un vendredi sur trois ou quatre, de 12 heures à 18 heures. Les appels sont irréguliers entre trois et huit appels par permanence. Chaque fois de 20 à 25 minutes.

Il faut écouter de façon active. Pour pouvoir reformuler d’une autre manière ce que disent les gens… Il ne faut pas donner de conseils, ne pas s’impliquer. Les motifs sont variés ! Certains appellent régulièrement car ils ont besoin de parler… La principale maladie du monde actuel est la solitude, malgré la télé et Internet ! Et puis, il y a …les difficultés dans le couple, …les maladies psychotiques, …des dépressions, …des vies avec des parcours tellement difficiles : femme violée et enceinte, femme battue, cancers…

Je me rends compte que seule la prière peut les aider… Au bout d’un moment je leur demande toujours si on peut prier, et ils acceptent…

Ce qui me fait le plus plaisir c’est, après une prière spontanée, on me dit « vous m’avez fait du bien, merci, vous savez prier ! ».

Tout cela se fait dans l’anonymat complet… Si je ne peux pas les conseiller, je peux poser des questions…  Ils savent tous que c’est un service d’Eglise : ça s’appelle « Chrétiens à l’écoute  » !

Nous sommes 51 écoutants sur le diocèse. On recherche encore 10 écoutants pour pouvoir faire une permanence chaque jour. Sur la région on est une douzaine et  nous nous réunissons trois fois par an. Et avec l’ensemble des écoutants 2 fois par an.

Ce service s’inscrit dans la continuité de tout ce que j’ai fait jusqu’à maintenant, car dans mon métier j’ai toujours écouté les gens, et avec Christian c’est ce que nous faisions.

Pour Pâques et pour Noël on recevait à manger les gens seuls et pour ce Noël j’ai déjà quatre personnes !

Quel message souhaiterais-tu nous transmettre ?

Je voudrais dire que les chrétiens devraient apprendre à être plus accueillants avec les marginaux, avec des gens mal entourés, avec ceux qui ont de gros problèmes, qui sont seuls, au chômage, en difficulté… Avec Christian c’était notre souci… Et la paroisse devrait être encore plus accueillante que les autres … Ce n’est pas toujours le cas…

Et puis que la prière donne un sens à ma vie… Que ferais-je sans Jésus ?… Dans la prière je sens aussi la présence de Christian.

 

Propos recueillis par M. et Y. Tricou

 

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